• Souvenirs...par procuration !

                             Mon mari me racontait....

                             Il n'est plus là, mais j'avais un peu connu sa "vie de jeune" par tout ce qu'il me racontait !
                             Son enfance d'abord, vécue en Bretagne dans un petit bourg du Finistère à PLOUEZOC'H, jusqu'à l'âge de 6 ou 7 ans. Ses parents habitant et travaillant tous deux à PARIS, une tante bretonne prenait soin de lui...ça se faisait, on s'aidait beaucoup en famille... Bon, mais en Bretagne, il était considéré comme "le parisien tête de chien" par les copains du bourg ! Le racisme existait déjà ! Il gardait quand même de bons souvenirs de cette période. Puis, rentrée à PARIS puis la banlieue...Ecole jusqu'au Certificat d'études...puis apprentissage...Il aurait aimé faire de la mécanique, mais sa mère préférant qu'il "soit logé et nourri", il a été dirigé vers la charcuterie ! Très jeune...trop ! Ne pas se faire de mauvaises idées, ses parents l'aimaient, mais la vie était dure pour eux, et bien souvent, les parents décidaient pour leurs enfants...La vie d'un apprenti de l'époque n'était pas des plus drôles...Il racontait que pour sa première paie, il n'avait rien touché du tout...il avait cassé des plats que les patrons lui retenaient sur son salaire...C'était ainsi ! Est-ce ça qui l'avait "forgé" ? Peut-être ...

                              Puis vint  la guerre. Il n'avait pas été appelé faisant partie du 2ème contingent 1940...mais en 1943, le STO ne l'avait pas oublié. Et le voilà parti en Allemagne (je ne le connaissais pas encore, sinon j'aurais pu le munir de vrais-faux papiers...j'en avais fait bien d'autres !). Il s'est retrouvé à NEUKUREN, au bord de la Baltique. Il était avec un de ses bons amis de Villeneuve-le-Roi, après avoir trafiqué un peu son ordre de route ! Dans une usine d'aviation où il se faisait rappeler souvent à l'ordre par les allemands, pour manque de dynamisme et de courage ! Mais partant du principe qu'il n'avait pas demandé à partir, qu'il n'avait rien signé (il avait refusé de le faire), il trouvait que les allemands n'avaient rien à dire ! Breton et têtu jusqu'au bout ! Atavisme.... En 1945, son camp est libéré par les Russes et les voilà tous partis pour la Russie, à pieds, en passant notamment par la Lithuanie...Il avait le souvenir d'un pays alors très arriéré et cela l'avait frappé. Ce séjour forcé en Russie, il en parlait beaucoup. Dur, dur..Ce n'était pas le chemin le plus rapide pour rejoindre PARIS et sa banlieue...Après bien des misères, il est revenu fin 1945, malade, lui le roc ! Plus de charcuterie, il fallait changer de profession...

                               Et puis, il a eu le "bonheur" de me trouver sur sa route (!!!) Après tout ce qu'il avait enduré, prendre femme ne lui semblait pas au-dessus de ses forces ! Et voilà ...Cette jeunesse sacrifiée après une enfance et surtout une adolescence dures...Mon mari ne se plaignait jamais. Beaucoup plus tard, quand il est tombé malade, il a continué à ne pas se plaindre, ce qui me faisait dire "qu'il m'aidait à le soigner". Lui pensait que s'il se plaignait il n'irait pas mieux et que moi je serais davantage fatiguée.... Ces bretons, ils sont en granit...Et tellement pleins d'humour ! S'ils ont du caractère, ils ont aussi mauvais caractère parfois....mais comme ils sont attachants ! Fidélité, serviabilité et surtout ce besoin de "ne jamais déranger personne"; ça ne se fait pas...

                                Ces souvenirs sont un peu les miens aussi...

                             

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 11 Septembre 2009 à 10:39

    C’est émouvant ce que vous écrivez. C’est vrai qu’il y a, chez le Breton, de l’orgueil, de la fierté mais aussi beaucoup d’humilité. C’est vrai que la maladie est une chose dont on ne parle pas. Secret du corps pour garder le secret de l’âme à destination de Dieu et de Sainte Anne, ceux qui protègent le pays.

    Je reconnais tellement… Avec amitiés. Loic

    2
    Vendredi 11 Septembre 2009 à 13:34
    Je ne suis pourtant pas bretonne, mais j'ai appris à les apprécier...Mes enfants 1/2 bretons seulement (!) le sont à...150% !
    3
    Vendredi 11 Septembre 2009 à 17:44
    Moi aussi j'ai senti beaucoup d'émotion pendant ma lecture.
    Et puis ça me rappelle l'époque où mon père était malade, il est resté alité près de 25 ans, il ne s'est jamais plaint , toujours jovial, et pourtant pour l'entourage, surtout ma mère, ce n'était pas facile tous les jours.
    Je vous souhaite une bonne soirée
    4
    Vendredi 11 Septembre 2009 à 22:39
    Je pense à votre mère...
    5
    Samedi 12 Septembre 2009 à 11:21
    Bel hommage aux Bretons que je ne connais pas...sauf par ouïe dire. Vous avez du former un couple des plus intéressants.... Joli souvenir, très émouvant. Merci...
    6
    Samedi 12 Septembre 2009 à 11:30
    Un petit couple de français moyens, avec des bons et des mauvais jours comme tout le monde ! Mais bien soudé...
    7
    Lundi 14 Septembre 2009 à 11:37
    Quelle vie ! quelle dureté dans l'existence ! et quelle absurdité dans cette guerre : être employé contre son gré, être libéré puis partir vers l'Est (que de temps perdu pour une libération souhaitée passionnément).A quoi tient le destin ?Vous aurait-il connu plus tôt, qu'il aurait échappé à ce terrible STO.Vous avez raison, les bretons sont des durs au mal, quant à la situation des apprentis, je vois qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil.Bonne journée Geneviève.
    8
    Lundi 14 Septembre 2009 à 22:54
    Ce STO a été pénible...une sorte de déportation pas reconnue comme telle !
    9
    Lundi 14 Septembre 2009 à 23:03
    Un vie de lutte qui me rappelle Hemingway et son "Vieil Homme et la Mer"
    Une vie de miraculé, sans doute avez vous contribué beaucoup à ce bonheur bien mérité après ces terribles épreuves de la guerre.
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