• Les années difficiles....mais vers la Libération...

                                      
                                        Ce lendemain du bombardement, nous ne pouvions que constater l'immensité des dégâts ! Notre maison ? plus rien qu'un immense trou.... Heureusement famille, amis connus et inconnus, mes collègues, tous se sont efforcés de nous rendre service et nous avons grandement apprécié ces marques d'amitié. Peut-on s'imaginer que non seulement nous n'aurions pas su où aller coucher, mais que nous n'avions même pas....une brosse à dents ou du linge de rechange ! On a beau essayer de garder le moral, ça fait quand même quelque chose ! L'optimisme, c'est bien gentil, ça aide un peu bien sûr mais ça ne résout pas tous les problèmes ! Aidées, ma mère et moi nous l'avons été et ça, je ne l'oublierai jamais. Je crois que sans cette aide morale, nous n'aurions pas tenu le coup ! trop, c'était beaucoup trop !

                                         Quelques jours après ce 18 avril, nous avons été relogées à Ablon, dans une jolie villa mise à notre disposition par des personnes charmantes qui nous en ont laissé la jouissance jusqu'au début de 1946, jouissance gratuite. Cette villa en bord de Seine était leur résidence secondaire.  Ces gens nous étaient tout à fait inconnus avant cette date, seul mon patron les connaissait....Que dire si ce n'est encore un grand merci . De temps en temps, eux ou leurs enfants et petits-enfants venaient avec nous et nous mettions alors tout en commun. Nous avions trouvé là une nouvelle famille. 

                                          Notre nouvelle vie s'écoulait donc à Ablon, dans l'attente de l'arrivée des alliés que nous espérions et qui semblait de plus en plus imminente ! Mais, les alertes, les bombardements continuaient, notamment le bombardement du Pont sur la Seine à Athis, dit "Le Pont de Lyon". Après notre terrible expérience, nous avions beaucoup de mal à supporter le bruit des sirènes d'abord et le bruit des bombes. Nous avions donc très peur, inutile de la préciser...Je n'aime toujours pas le bruit des sirènes....

                                          Le 6 juin 1944 enfin, le matin très tôt, alors que j'avais travaillé au commissariat une partie de la nuit, un gardien est monté et nous a crié "les alliés ont débarqué en Normandie"! La joie était à son comble, il y avait si longtemps qu'on attendait ça. La radio venait de l'annoncer et...plus personne n'avait très envie de travailler ! La France entière devait être dans le même état d'esprit ! Je suis revenue à Ablon et ai mis ma mère au courant. Quelle joie pour elle aussi. Nous savions que ce n'était pas encore gagné, qu'il y aurait encore bien des morts, bien des peines mais c'était quand même un grand morceau du ciel gris qui se dégageait. On essayait de capter la radio (anglaise surtout) et de suivre le cheminement de tous ces jeunes pour nous délivrer....Les allemands ne semblaient plus trop croire à leur victoire et cela les rendait quelquefois un peu hargneux. On se méfiait de plus en plus..... Du côté des restrictions, aucun changement en bien tout au moins ! On ne le prenait pas mieux, mais on espérait tellement que ce n'était plus pour trop longtemps...que ça nous aidait à supporter un peu mieux.

                                          La vie s'est écoulée ainsi jusqu'en Août 1944; on se méfiait des allemands qui se méfiaient de nous et ils avaient bien raison ! La résistance, aidée par tous les jeunes réfractaires au STO, ne leur laissait aucun répit. Et cela nous réjouissait !  Enfin, ce grand jour est arrivé pour notre région, le 24 Août 1944 je crois.. Nous avons été libérés...A PARIS,  les parisiens s'étaient révoltés, des batailles de rues contre les allemands avaient eu lieu..."PARIS en COLERE". Il y eut des blessés, des morts, mais des explosions de joie ! Enfin, enfin, enfin.....que dire d'autre après tout ce temps qu'avait duré l'occupation ...quatre années de tristesse, de peines, de doutes.... Bien des films ont été tournés qui résument parfaitement l'ambiance de cette époque. Les soldats alliés aidés de soldats français (et ça faisait chaud au coeur) semblaient avoir des ailes pour repousser l'occupant. Epoque formidable et inoubliable....

                                           L'optimisme était de rigueur, mais....les allemands ont quand même eu des petits sursauts qui nous ont fait très peur. A une certaine époque, automne 1944 ou début d'hiver, ils n'ont plus reculé et sont même revenus à la charge. C'était la bataille des Ardennes et ils se rapprochaient à nouveau de Paris. On n'osait penser à ce qu'il se passerait s'ils revenaient....mais on y pensait très fort ! La peur était toujours bien présente, la guerre n'était pas terminée. Et on pensait aux prisonniers, aux déportés dont on n'avait pas de nouvelles...Et pour couronner le tout, l'hiver  1944/1945 a été très rude: froid, neige, verglas, rien ne nous a été épargné.

                                           Pour les régions libérées, nous étions à nouveau sous la direction des autorités françaises ! ouf...qu'est-ce que ça semblait bon...Bien sûr, il y eut cette période très triste appelée l'Epuration et qui a vu des choses pas toujours très belles... des règlements de comptes notamment ! Il ne m'appartient pas de juger, ce n'est pas mon rôle ici. Il y avait c'est certain des français à punir, mais pas sans procès ni par des exécutions sommaires. Trop compliqué pour moi, je laisse aux historiens ce travail qui leur revient. C'est peut-être encore trop tôt .....Des français, collaborateurs par goût ou par cupidité avaient mal agi pendant ces années d'occupation, entraînant avec leurs idées fausses la mort ou la déportation de bien des gens dont le seul tort avait été de ne pas accepter les idées hitlériennes, ou de n'être pas nés "aryens", ou de ne pas vouloir brader la France ou même d'avoir essayé de se nourrir un peu mieux !  Cette épuration n'a pas trop duré, et des procès ont eu lieu en toute légalité, heureusement.

                                           Nous nous dirigions sans doute plus lentement que prévu, vers l'Armistice...mais, même si la route était encore difficile, la direction était bonne. Encore un peu de courage, nous avions bien tenu depuis plusieurs années, la Liberté était en point de mire...
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  • Commentaires

    1
    ANNE MARIE
    Mardi 11 Mars 2014 à 21:19
    quelle jeunesse maman et que de souvenirs hors du commun! merci de nous les transmettre....
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