• Le temps passe....

                         Notre petite enfance s'écoulait donc comme celle de tous les enfants...Ecole, famille, vacances...Pour ces dernières, lorsque nous étions très jeunes, nous allions en Lorraine chez mes grands-parents. Pas de voiture à l'époque et aller en Lorraine relevait d'une véritable expédition ! Nous partions de Juvisy le soir direction Paris où nous prenions un train à la gare de l'Est. Les trains n'étaient pas confortables, mais cela nous était égal, nous étions euphoriques à l'idée d'aller retrouver ces grands-parents que nous adorions et qui nous le rendaient bien ! Le voyage durait toute la nuit (je précise que nous étions assis sur des banquettes en bois...nos parents nous allongeaient tant bien que mal pour que nous puissions nous reposer. Nous, mais pas eux !!! Au petit jour, nous arrivions en gare de Tantonville et là, quelle joie ! nous nous prenions au moins pour des princes ...une carriole avec un cheval nous attendait pour nous transporter à cinq kilomètres, à Affracourt.  C'était un voisin de mes grands-parents qui avait la gentillesse de venir nous récupérer ! C'était bringuebalant au maximum , mais passionnant ! J'entends encore le bruit des sabots du cheval et cette carriole qui roulait dans des chemins qui n'avaient rien à voir avec les autoroutes actuelles (ni même avec une simple route) .... Mais nous étions trop heureux pour nous plaindre. Heureux aussi d'aller en vacances ce que tous nos petits camarades ne faisaient pas.... Je vous parle de la fin des années 1920, tout début des années 1930.  Peu de gens avaient cette chance. Savions-nous l'apprécier ? je n'en suis pas certaine...

                            Et c'était l'arrivée à Affracourt. Le scénario était immuable...grand-mère fondait en larmes ! Mais en bonne Lorraine elle posait cette question qui amusait mon père (qui, bien que son gendre était son "chouchou") "Et quand est-ce que vous repartez" !!! ça, c'est lorrain. Avez-vous déjà entendu raconter "La Première Communion du Gamin", sketche de Georges Chepffer (je ne suis pas très sûre de l'orthographe)? non, c'est dommage ! Je ne sais pas pourquoi le Lorrain a besoin de savoir....C'était comme ça jadis...il y a bien longtemps.

                             Là-bas, pour nous c'était la liberté...courir dans les prés, aller à la vigne avec mon grand-père, donner à manger aux bêtes avec ma grand-mère ! tout ce que nous n'avions pas l'habitude de faire ! Et il y avait l'attelier de mon grand-père, ébéniste de son état et qui faisait et restaurait de si jolis meubles ! Je le revois, lorsqu'il venait de rabotter une planche, il la caressait avec le revers de sa main ! ah ! il aimait son métier. Et il y avait cette odeur de colle à bois que nous respirions avec bonheur ! Les souvenirs sont faits de visions, mais aussi de beaucoup d'odeurs.

                             Et pour terminer nos vacances, les derniers jours, nous assistions aux vendanges ! La vigne de mon grand-père n'était pas très grande ! il faisait juste son vin pour l'année et...ce petit vin gris qui, entre nous, vous tourne la tête vite fait si vous n'y prenez garde (et il est très agréable à boire).  Ces vendanges, c'était vraiment la fête ! tous les gens du village venaient aider grand-père; ça se passait comme ça, un jour les vendanges chez l'un, une autre fois chez un autre et ainsi de suite. On s'aidait à tour de rôle... Moi, ce qui m'intéressait surtout , c'était ce que faisait grand-mère pour tous ces gens ! Elle allumait le four à pain dans cette grande cuisine sombre (et pas très bien pavée), et préparait une quantité de bonnes choses : quiches lorraines, tartes aux mirabelles, aux quesches etc...et tant d'autres mets succulents....Comme on dit là-bas "jamais que c'était bon" ! Et puis arrivait la veillée avec les chansons, les rires....Pour nous, enfants de la ville,  c'était merveilleux. . Jamais je n'ai oublié cette période de ma vie.

                             Et puis, les années ont passé, nous sommes allés en vacances à la mer, mes grands-parents sont venus à Juvisy passer quelques mois, mais en regrettant leur vie lorraine...

                             Nos études se poursuivaient et nous donnaient du travail et aussi des soucis...D'autant plus que les bruits de guerre étaient de plus en plus présents... 1938 beaucoup de réservistes avaient été rappelés, puis libérés, puis rappelés en mars 1939 puis....ce fut la mobilisation générale le 2 septembre 1939 et la déclaration de guerre le 3 septembre... et le départ de mon père, appelé, et de mon frère engagé volontaire.

                            La fin de la paix a marqué la fin de la jeunesse de toute une génération. 
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  • Commentaires

    1
    Mardi 12 Janvier 2010 à 08:12
    Les fours à pain étaient à l'intérieur des maisons ou c'était particulier à cette maison là? Est-ce qu'il y avait des fours communaux?
    2
    Mardi 12 Janvier 2010 à 08:56
    Je n'ai pas le souvenir de fours à pain communaux. Je crois me souvenir que toutes les maisons en étaient équipées, de même que de la grande cheminée...
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