• encore des années difficiles....

                                          Cette guerre était donc terminée, la vie allait pouvoir reprendre un cours normal....tout au moins, on le croyait. Bon, l'espoir fait vivre dit-on.....Mais pour un cours normal, il aurait fallu pouvoir gommer ces six années. Je n'ai pas connu une seule famille qui, d'une façon ou d'une autre n'avait pas été touchée.  Beaucoup de français manquaient à l'appel, soit décédés en Allemagne, soit tués lors des combats; d'autres revenaient malades et dans l'impossibilité de mener une vie normale. Rien que dans mon ancien quartier de l'avenue du Miroir à Juvisy et Athis, nous avions perdu des voisins tués ou disparus lors du bombardement. Et des amis de jeunesse très proches, camarades de classe de mon frère ou moi, n'étaient pas revenus, tout comme mon frère André. Quant aux maisons, en partie ou totalement détruites, elles laissaient aussi un grand vide...

                                            Non, la vie n'allait pas être comme avant.....

                                            Ce qui nous donnait du courage, c'était cette sensation de liberté que nous avions alors ! Ne plus avoir peur parce qu'on avait raté un train pour revenir de Paris et qu'on risquait de rencontrer une patrouille allemande, l'heure du couvre-feu étant passée. Ne plus avoir peur des sirènes, des alertes, des bombardements, de tout et de rien !........en un mot, vivre avec l'esprit tranquille.  C'est cela qui donne la sensation de liberté. Je pense bien souvent aux pays qui sont en guerre civile ou autre, et dont les habitants vivent dans la peur. C'est très dur à supporter..

                                             Notre liberté, chèrement acquise, s'accompagnait de petits inconvénients, les mêmes que durant la guerre, mais qui nous semblaient bien mieux supportables. Je veux parler des restrictions diverses qui elles étaient toujours là ! Pas de voitures parce que pas d'essence, pas de chauffage, des coupures d'électricité et de gaz, des restrictions alimentaires, les tickets de rationnement..;enfin tout l'éventail de ce dont nous pouvions être privés. Je me souviens de ce pain que nous avons eu en 1946, lorsque j'étais jeune mariée !!! On l'appelait pain de maïs... il était très dur et lourd et étouffant comme on ne peut pas s'imaginer ! Nous en avions 350 grammes par jour, mais que faire avec ? à part assommer le voisin qui vous ennuyait ? Je me souviens aussi de ces quelques grammes de beurre que nous "touchions"....C'était petit...petit... Et  j'avais épousé un breton qui m'avait fait très peur lorsque je l'avais vu faire sa première tartine de beurre au petit-déjeuner ...Très timidement, j'avais dû lui faire remarquer qu'on ne ferait pas un mois avec la ration s'il en mettait autant sur une seule tartine ! Les bretons aiment le beurre, c'est bien connu...mais tout de même ! 

                                              Nous avons donc continué, comme nous en avions l'habitude, à nous servir de tous ces tickets. Au fond, c'est le premier pas qui coûte, et le premier pas datait de 1940 ! il suffisait de continuer...Mais on trouvait quand même un peu plus de choses sans tickets...par exemple, au début de mon mariage, j'avais pu avoir un lièvre...de 8 livres...pour mon mari et moi ! croyez-moi, ça fait beaucoup ! j'avais confondu lièvre et lapin de garenne, et quand vous n'avez pas de réfrigérateur, c'est une grave erreur...surtout au mois de septembre quand il fait encore chaud ! Je n'ai plus jamais acheté de lièvre pendant vingt ans....

                                               Le mariage, bien sûr, nous avions l'âge...mais quand on ne trouve ni appartement, ni meubles, ni vaisselle, ni linge et que d'un autre côté vous ne pouvez rien apporter de chez vous puisque vous avez tout perdu dans un bombardement, c'est faire preuve de légèreté,  non ? Amis, famille voyant bien que nous n'avions pas trop la tête sur les épaules, ont oeuvré pour nous ! heureusement ...Si nous avions  "zappé" notre jeunesse, nous en avions au moins gardé l'insouciance.....et elle était sans tickets !

                                                Petit à petit, les choses se sont arrangées. Tout le monde s'est mis au travail, il y en avait tant ! Construire, reconstruire.....Les programmes étaient vastes. Pas de chômage à l'époque...votre emploi ne vous plaisait pas le matin ? qu'à cela ne tienne, vous en aviez un autre l'après-midi....Le mot d'ordre devait être, pour tous les employeurs potentiels "Venez travailler chez moi"....ça fait rêver...

                                                Et puis, il y a eu beaucoup de naissances...je m'en suis occupée aussi ! On ne peut rester inactif quand tout le monde travaille......
    « En marge de la fête des Mères...réflexionsQuelques réflexions sur cet "après-guerre".... »
    Google Bookmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :