•                                      
                                          Une nouvelle manière de correspondre  dans "les années 40 "


                                           Moi qui adorais et adore toujours écrire, je n'avais pas du tout envisagé que l'esprit tortueux d'Hitler allait nous imposer dès le début de l'occupation, un art et une manière d'écrire "nouvelle vague" ! Il est vrai qu'il avait inventé pour le bien de l'humanité, tout au moins comme il le concevait, tant de brimades que nous n'étions plus à une près...C'est au moins ce qu'il espérait.

                                          Tout d'abord, il avait tout bonnement coupé la France en deux parties principales : la zone occupée et la zone libre (il y avait également d'autres zones : zone interdite à l'est, zone côtière...). Bien sûr, nous n'avions pas la même administration en zone occupée qu'en zone libre, et en principe nous ne pouvions passer de l'une à l'autre sans une bonne raison et un Ausweis en bonne et due forme, pas très facile à obtenir !

                                           Mais l'invention dont je veux parler, c'était le courrier ...ça c'était une trouvaille ! Plus question d'envoyer de l'une à l'autre zone des missives de quatre pages (ni même d'une seule page) dont la teneur ne pouvait pas être lue par d'autres que le destinataire... Non ! on s'envoyait des cartes qui avaient été imprimées spécialement pour nous (qu'est-ce qu'on était gâtés tout de même), et qu'on achetait dans les bureaux de poste, prix du timbre compris...on nous évitait même cette corvée de coller un timbre ! C'était pas gentil ça ? Ces cartes étaient pré-remplies, nous n'avions qu'à compléter.....".exemple :....en bonne santé....malade....fatigué....prisonnier....tué....pas de nouvelles....". Il suffisait de rayer les mentions inutiles ou fausses. On nous laissait quand même une ou deux lignes pour ajouter une phrase plus personnelle, à la condition qu'elle ne risque pas de porter atteinte à la grandeur du Reich !

                                            C'était court, net et précis ? ça, c'était à voir ! J'avais de la famille en zone libre qui attendait de nos nouvelles et surtout les nouvelles que nous pourrions éventuellement donner concernant mon frère dont on ne savait absolument pas ce qu'il était devenu... Et peut-on m'imaginer faisant une lettre de ce genre, moi qui suis si bavarde ! Et puis, zut...je n'avais pas l'intention de confier nos petites affaires à la lecture collective ! Alors, bien sûr, en plus de ces cartes, nous recevions et expédions des bonnes et longues lettres par des voies détournées et pas du tout permises ! Il y avait toujours quelqu'un dans votre entourage qui connaissait une personne qui connaissait une personne qui....enfin la filière rapide(pas tellement) et pas très sécurisée ! Mais merci encore à tous ceux que je ne connaissais pas et qui ont permis à mon grand-père de recevoir quelques nouvelles. Ces mêmes personnes qui habitaient près de la ligne de démarcation, faisaient également passer cette ligne à ceux qui n'avaient pas eu cet ausweis maudit ! A part certains qui réclamaient de l'argent pour ces services malheureusement, beaucoup les rendaient gratuitement, pour les français, pour la France. C'est à ceux-là que je dis merci.

                                               Je regrette de ne plus avoir ne serait-ce qu'une de ces cartes, non pas qu'elles me manquent, mais simplement pour pouvoir les faire "admirer". Décidément, les cerveaux de nos occupants travaillaient sans relâche... Enfin, est arrivée une époque où nous n'avons plus eu ces cartes...ah oui, la raison en a été la suppression de la zone libre ! toute la France a été occupée !  C'était sans aucun doute plus simple pour les occupants.....

                                                C'est un mauvais souvenir...et c'était un "sale coup" pour les bavards ! heureusement que nous n'en sommes plus là, qu'est-ce que je deviendrais.....



                                               

     

     

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  •                                        "En revenant de la revue..."

                                           
                                           Lorsque j'étais enfant, cette chanson "En R' venant d' la R' vue", était sur presque toutes les lèvres le jour du 14 juillet ! Je ne me souviens pas du tout des paroles que je n'ai jamais connues sans doute vraiment...je crois que c'était une vieille chanson bien antérieure à ma naissance ! Mais je me souviens de l'avoir entendue... Ah, la revue du 14 juillet, quelle affaire !  En plus de ce 14 juillet 1938 dont j'ai déjà parlé il y a peu de jours, j'ai eu la chance d'assister à diverses reprises, fin des années 1920, tout début des années 1930 à ce grand défilé militaire sur l'avenue des Champs Elysées, au cours duquel on rendait hommage à notre armée et aux anciens combattants de la Grande Guerre de 1914/1918, ces "pioupious " qui pendant quatre ans avaient été dans les tranchées et dont certains en portaient très souvent de très graves séquelles. Sans oublier surtout tous ceux qui n'étaient pas revenus.... On nous avait appris à les aimer et à les respecter...On en parlait beaucoup dans les écoles. Et la "Revue" attirait énormément de monde.

                                             Aujourd'hui encore, je reviens de la Revue...Enfin bon...L'âge aidant, j'ai regardé le spectacle à la Télévision, bien installée dans mon fauteuil...J'ai trouvé ça très beau, je n'ai pas honte de le dire ! Je l'ai peut-être regardé avec des yeux d'enfant ? Non, je crois bien que j'ai été un peu fière...Est-ce que ça fait ringard ? Ce n'est pas toujours  à  la mode d'admirer son armée et son Pays à notre époque ! tant pis, je ne suis pas à la mode...Et je pense que dans tous les spectateurs se trouvant à PARIS aujourd'hui, en plus des français d'origine ou non, se trouvaient des touristes étrangers qui, tout comme moi, ont admiré ce Défilé et peut-être un peu aussi notre Pays. Alors, je suis contente.

                                            Quelle belle journée et, en plus, avec le soleil !

     

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  •                                       
                                          Défilé sur les Champs-Elysées -


                                          Cette année 1938 n'avait pas été une année vraiment tranquille...Les bruits de guerre se répandaient de plus en plus...On en parlait, on n'en parlait plus...mais l'idée était de plus en plus dans l'air.  Il est vrai que notre "voisin allemand", j'ai nommé Hitler, se sentait pousser des ailes en entraînant tous ses fanatiques avec lui. Cela datait d'ailleurs de plusieurs années déjà...

                                           Et nous français, nous nous apprêtions à fêter avec faste le 14 Juillet. PARIS était très décoré en vue également de la visite des souverains anglais ce même mois de Juillet. Drapeaux, bannières, oriflammes, tout donnait à la Capitale un air de fête exceptionnel. Et bien entendu, le défilé du 14 Juillet sur les "Champs", devait être également exceptionnel ! J'avais un peu plus de 15 ans et avais enfin obtenu de mon père l'autorisation d'aller, accompagnée de mon frère aîné et d'amis d'école, assister à ce défilé. Moi, j'étais contente à double titre : d'abord une autorisation de sortir sans mes parents (ça, ce n'était pas courant, oh que non), et surtout de voir un tel spectacle !

                                           Habitant en banlieue, nous sommes donc partis de bon matin par le premier train je crois (5 heures), pour nous rendre à PARIS et avoir de très bonnes places, ce qui est indispensable ce jour-là...Lorsque nous sommes arrivés sur les lieux, il y avait déjà beaucoup de monde, mais nous avons pu nous installer...tout au moins, on le croyait ! J'étais contente d'être devant, ma taille ne me permettant pas de regarder par-dessus la tête de personnes immenses ! (même moins qu'immenses....). Lorsque j'étais plus jeune et que j'allais voir le défilé avec mes parents, je regardais le spectacle juchée sur les épaules de mon père ! Je voyais tout alors, mais là, je n'avais plus l'âge! On a sa petite fierté tout de même.... Tout à coup, je vois qu'on apporte des barrières, qu'on commence à les installer devant nous et pan ! on nous donne l'ordre de reculer ! Ah ! non, notre place était trop bonne ! Malheureusement, si nous étions supérieurs en nombre, nous n'avions pas la force avec nous ! Arrivent des garde-républicains à cheval et, il faut bien le reconnaître, ils ont une technique très efficace ! ils reculent avec leurs chevaux, eux étant bien au-dessus de la mêlée (c'est assez grand un cheval !) et on est renvoyé très en arrière ! Oui, mais voilà, coincée que j'étais entre le postérieur des chevaux et les gens qui étaient derrière moi et qui étaient grands eux, je me suis trouvée au bord de l'évanouissement, poussée, tiraillée, coincée...enfin en très mauvaise posture ! J'ai cru mourir et très franchement, je n'étais pas venue pour ça ! Je suis cocardière d'accord, j'aime les défilés militaires d'accord, mais mourir le nez dans le derrière d'un cheval, non, il y a des morts plus nobles ! Enfin, j'étais en piteux état...tellement que les secours sont arrivés pour me dégager et qu'on m'a transportée, devinez où ? devant les barrières, au tout premier rang, et que mon frère et mes amis qui s'inquiétaient ont eu droit au même régime ! Et on nous a donné des chaises !J'aurais voulu le faire exprès, je n'aurais pas mieux réussi !

                                               Et c'est ainsi que j'ai pu voir ce merveilleux défilé , un des plus beaux je crois que j'aie pu voir étant jeune. Il fallait qu'on admire au maximum cette armée qu'on nous disait être invincible, ses soldats, son matériel , sa force, sa puissance...ce que nous avons fait sans restriction ! Même les garde-républicains ont été applaudis pour bien leur prouver sans doute que nous n'avions pas de rancune ou peut-être tout simplement parce que la Musique de la Garde Républicaine est bien belle, leurs casques bien astiqués et ornés d'une magnifique crinière, et que leurs chevaux sont bien beaux aussi ! Allez savoir...

                                               Je n'oublierai jamais ce dernier grand défilé auquel j'ai assisté. Quelle heureuse journée ce fût. Et pourtant...à bien réfléchir, cela n'annonçait rien de bon ! mais j'étais jeune et à 15 ans, on ne pense pas si loin ....
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  •                                      
                                          Cette expression courante jadis...

                                           "Je m'en fous comme de l'an 40" ! Qu'est-ce qu'on pouvait entendre cette expression lorsque j'étais jeune. J'avais toujours pensé alors qu'il s'agissait de l'année 1940 qui nous semblait encore si loin et dont on ne savait surtout pas ce qu'elle nous réservait ! Erreur de jeunesse, insouciance, je ne sais pourquoi je n'avais jamais pensé à chercher l'origine de cette expression ni dans les livres, ni auprès de mes parents .

                                           On ne connaît pas bien l'origine de cette expression ni à quoi elle fait référence, mais il faut avouer qu'elle ne concerne pas, à coup sûr, la période de Juin 1940, parce que, celle-là, elle est vraiment à classer tout à fait à part. Elle a laissé des traces indélébiles ! La preuve ? il n'y a qu'à regarder la télévision ces temps-ci ou regarder les programmes...Ce soir encore, nous pourrons voir ce "Week-end à Zuydcoote" si beau film retraçant la période du repli des troupes à DUNKERQUE. Hier soir, c'était un télé-film "3 jours en Juin", sur la fin de la débâcle; avant-hier : "Les Faux-Fuyants", film plus léger, mais sur l'exode.....Donc, je persiste, l'expression bien connue ne s'applique pas à cette période ! C'est déjà une certitude....Et pour beaucoup de gens ce mois de juin 1940 a marqué le début de tristesses, de malheurs qui se sont échelonnés sur plusieurs années. Chez moi, nous n'y avons pas échappé.

                                            Est-ce que je n'y fais plus très attention, mais il me semble que cette expression est tombée en désuétude ? Comme pas mal d'autres expressions populaires qui disparaissent presque totalement au fil des ans. Et pourtant, ce qu'elles pouvaient servir et être servies "à toutes les sauces" ! De tous temps, les jeunes surtout ont ainsi des phrases toutes faites, ou des façons de parler qui arrivent on ne sait d'où et on ne sait pourquoi ! Lorsque la mode en est lancée, il faut bien être "dans le vent" et surtout ne pas avoir l'air ringard en ressortant une phrase qui date. ..C'est ça la jeunesse, elle invente et elle avance...il nous faut bien suivre si nous ne voulons pas rester "sur le banc de touche" 'ça, c'est pour vous prouver que j'essaie d'avancer aussi et que :

                                           "Je ne m'en moque pas comme de l'an 40" !  Oui mais, je ne sais toujours pas lequel !!!!

                                            

                                           
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                                           Quand St Cyr était en région parisienne -

                                           C'était au mois de Juillet 1939 - Une amie dont le beau-frère je crois était Saint-Cyrien, m'avait donné une invitation pour assister à cette grande fête des Saints-Cyriens qu'est Le Triomphe. Je ne savais pas trop ce que c'était, si ce n'est qu'il s'agissait de fêter la promotion 1938-1939.  Nous voici donc parties toutes les deux à St Cyr l'Ecole (près de Versailles), par le train. C'était un peu une expédition puisque nous venions de la gare de Juvisy. Mais bon, à cette époque où tout le monde n'avait pas de voiture, un voyage en train ne nous faisait pas peur ! Et nous étions jeunes ! ça aide bien....

                                            Tout d'abord, j'ai été éblouie de voir tous ces jeunes si bien habillés...et j'ai trouvé leur uniforme bien joli...surtout le shako avec ce plumet rouge et blanc ! que voulez-vous une fille de 16 ans s'arrête à ces détails ! (ce qui m'a d'ailleurs fait dire à mon frère qui préparait Polytechnique :" tu ferais mieux de faire St Cyr, leur coiffure est bien plus jolie que le bicorne ! "Il a trouvé que c'était bien une idée de fille !). Et en voyant la tenue des Sts Cyriens, je n'étais encore qu'au début de mes émotions !... Le temps était magnifique et la fête se déroulait dans les grands espaces de cette Ecole prestigieuse. Il y avait des stands installés, des élèves vendaient un petit journal rédigé et édité par l'ensemble... C'était une immense kermesse où régnaient joie et bonne humeur. 

                                            Et puis, nous sommes avisés qu'allait avoir lieu le baptême de la promotion. Nous nous rassemblons donc dans une grande cour où étaient réunis les jeunes de cette promotion et leurs aînés...Combien étaient-ils ? Je ne m'en souviens plus. Mais assez nombreux je crois. Un Officier Supérieur prend la parole et explique que cette promotion va s'appeler la promotion de "LA PLUS GRANDE FRANCE". Et le baptême a lieu...Je m'en souviendrai jusqu'à mes derniers instants, tant c'est émouvant. Quand j'ai entendu cet ordre donné d'une voix forte : "A genoux les hommes", que j'ai vu tous ces jeunes se mettre un genou en terre, tête baissée et qu'un peu plus tard un autre ordre est venu "Debout les Officiers", j'avais le coeur tellement serré que j'avais les larmes aux yeux. Je crois me souvenir qu'on leur touchait l'épaule avec une épée avant qu'ils se remettent debout. Je n'en sais plus rien, j'étais malade d'émotion ! Leur a-t-on remis une épaulette ? oui je crois, mais...j'étais trop troublée ! C'est une cérémonie absolument poignante et il faut bien l'admettre, j'étais un peu "cocardière" et les cérémonies militaires me touchaient énormément ! Et l'été 1939 nous mettait déjà , à beaucoup d'entre nous, un peu les nerfs à vif !

                                             J'ai repensé bien souvent à cette cérémonie...Que sont devenus ces jeunes officiers entrés si vite dans la guerre ? Le beau-frère de mon amie a été tué en Mai 1940, comme tant d'autres.

                                              Et l'Ecole ? Détruite pendant cette guerre, elle se trouve maintenant en Bretagne...

                                              Et moi, j'ai toujours la vision de ces hommes humblement à genoux, prets à devenir des Officiers...Quelle journée ce fut !

                                             

                                            
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